Le concept de bien-être

Chaque lundi, les jeunes de Out of the box se retrouvent en table ronde pour un moment de discussion. A cette occasion, Diane Hennebert aborde des questions philosophiques à partir d’un concept.

Le thème du lundi 25 janvier 2016 était le « bien-être ».

Ce qui est passionnant, c’est qu’à partir du mot « bien-être », on peut analyser plusieurs concepts philosophiques essentiels.

Par définition, le bien-être est un état lié à l’équilibre de différents facteurs qui, ensemble, permettent l’harmonie avec soi et les autres. Cet état lie aussi la satisfaction des besoins du corps et le calme de l’esprit.

Ex : L’état de bien-être après un massage ou un cours de yoga

Le bien-être peut donc signifier « être bien » (bien dans sa peau,…) ! 

Dans le mot  « bien-être », il y a deux mots qui sont essentiels en philosophie.

Comme sujet ou comme verbe, être signifie avant tout l’existence d’une personne, d’une chose ou d’une idée.

Ex : Un être humain ; l’être est ; « Je pense, donc je suis » (Descartes). Etre et conscience d’être…

Etre peut aussi réunir un sujet avec un complément ou un adverbe :

Ex : Je suis vivant, le temps est rapide, …

Dès Parménide, philosophe grec présocratique, l’être est défini comme sujet primordial. Il est le fondement de toute chose, il est la vérité première, il est éternel et intelligible. On peut aussi considérer l’Etre comme Dieu.  Dès lors, l’être devient une substance immatérielle qui définit et détermine les phénomènes du monde sensible.

En revanche, il semble difficile de concevoir le contraire de l’être, le néant.

Le Bien en philosophie

La notion de Bien est aussi centrale dans la philosophie morale depuis l’Antiquité. Le Bien est lié au bonheur, au bon et dans la philosophie classique (cfr Aristote) l’homme tend toujours vers le Bien par ses désirs, ses émotions et sa volonté. Cette notion de Bien se retrouve aussi dans la psychologie et dans l’action. Une réflexion ou un principe moral, ce qui est du ressort de la philosophie pratique, porte essentiellement sur l’action humaine en répondant à la question : comment dois-je vivre ?

Dans cette optique, la notion de bien est souvent liée à celle de la justice et de la liberté.

Attardons-nous sur cette phrase de Pindare « Deviens ce que tu es » et sur la célèbre phrase de Rimbaud « Je est un autre » et remarquons que toutes les deux ont été reprises par Nietzsche.

« Deviens ce que tu es. » (Pindare et Nietzsche)

Cet aphorisme de Pindare revient plusieurs fois dans les textes de Nietzsche. A première vue, la formule est contradictoire : comment peut-on devenir ce qu’on est déjà ? Il n’y a pas à le devenir, puisqu’on l’est déjà !

Associer le devenir et l’être, affirmer que c’est dans le devenir que l’être se révèle est une manière de réconcilier le corps et l’esprit, l’existence et son principe (essence), le multiple et l’un dans le mouvement. L’être n’est donc pas ici considéré comme une chose abstraite, il s’agit d’un être en vie qui se révèle dans le mouvement vers l’avenir. On peut encore aller plus loin : ce mouvement vers l’avenir est la condition de toute vie ; la vie elle-même s’enracine dans le mouvement, dans son développement.

C’est ce que Nietzsche appelle la volonté de puissance : le mouvement qui est le moteur du devenir soi, le mouvement de la vie qui ne cesse de grandir. Il considère qu’il s’agit là de la logique du vivant ! Et ce que Nietzsche revendique, c’est l’alliance dynamique de l’esprit et du corps. Selon lui, l’esprit sans corps n’existe pas. Sans corps, il n’y a aucune possibilité d’exister, de s’exprimer, d’être vivant.

Son message serait donc : Toi qui es là pour devenir ce que tu es, c’est toi seul qui peux le devenir. L’individu, fait d’un corps et d’un esprit, doit puiser ses forces en lui, bien plus que dans toute autorité extérieure à lui.

On pourrait aussi comprendre cela par :

Sois cohérent, sois vivant, surpasses-toi toujours dans un mouvement de puissance d’être et d’exister, réalises-toi, toi seul peux le faire.

Mais cela implique une connaissance de soi et cette connaissance permet la construction de soi. En découvrant qui je suis, je peux alors vouloir être ce que je suis vraiment et c’est là que réside ma liberté d’être humain.

On peut désigner ce mouvement volontaire par « l’individuation », cad la conquête de la liberté individuelle à partir de ce que je suis et de ce que je veux devenir. Il s’agit là d’une sorte de sagesse qui mêle connaissance, volonté et liberté dans la perspective d’un destin.

« Je est un autre. » (Arthur Rimbaud)

pag14-B-rimbaudCette célèbre phrase du poète Rimbaud semble aussi contradictoire puisqu’elle identifie le sujet (moi) avec son contraire (l’autre). Quel sens peut bien avoir cette formule ?

Quand Rimbaud écrit en 1871 une lettre à Paul Demeny dans laquelle il s’exclame « Je est un autre », il fait allusion à une conception originale de la création artistique. Il veut dire qu’en tant que poète, il ne maîtrise pas ce qui s’exprime en lui : la création surgit d’une profondeur inconnue et le moi conscient l’écoute et la traduit. Autrement dit, Rimbaud reconnaît que l’étrangeté est au cœur de son être profond. Cela renvoie aussi à une conception de l’homme qui va se répandre à partir de la psychanalyse avec Freud et que l’on retrouve dans la philosophie de Nietzsche : il y a en l’homme autant de consciences qu’il y a de forces plurielles qui constituent et qui animent le corps et l’esprit.

Mais si « Je est un autre », comment assumer ses responsabilités envers les autres ? Sommes-nous responsables de ce que nous sommes et de ce que nous faisons ? Sommes-nous distinct des autres, de l’autre ?

Revenons à Nietzsche pour tenter de répondre à ces questions : Selon lui, « Je est un autre » signifie la polyvalence des forces qui constitue le soi et qui peut échapper aux modèles imposés par l’existence collective. Et ces forces en devenir sont une promesse, une résolution à s’accomplir dans le futur. Autrement dit, décider aujourd’hui de ce que l’on sera demain !

La conception de l’homme défendue par Nietzsche est celle d’un homme assez sûr de lui pour savoir qu’il pourra accomplir cette promesse de devenir ce qu’il est, d’un homme qui a conscience de la force qui domine en soi toutes ces contradictions (moi et les « autres » en moi).

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